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Expulsion. Brutalité et complexité dans l’économie globale, essai de Saskia Sassen.

metadata-image-489081  Voici un livre qui fait du bien par la force des mots choisis pour rendre compte combien notre humanité, déjà en soi fragile comme tout ce qui est vivant, est contrainte , voire « brutalisée » depuis plusieurs décennies. Cela notamment en France, après les années dites « les trente glorieuses ».

Un travail d’écriture très pertinent par Saskia Sassen une économiste et sociologue, pour nommer ce qu’il en est de fait. Dès la première phrase du livre le ton est donné : « Une économie politique globale nous confronte a un problème formidable : l’émergence d’une nouvelle logique d’expulsion…..basculement radical dans l’expulsion… « .

Saskia Sassen déploie le concept d’expulsion dans des champs très différents, mais inhérente à la même logique et politique économique  plurielle. Comme celui des millions de personnes  et d’enfants  de par le monde en attente de…pendant des années…dans des camps de réfugiés ! Comme ces milliers d’habitants expulsés de leurs maisons suite au scandale des subprimes aux USA.  Comme ces millions de jeunes sans emploi de par le monde. Comme ces millions de salariés en voie d’être expulsés du monde du travail rémunéré suite à la robotisation en cours. Comme cette augmentation inquiétante du nombre de prisonniers « à vie » aux USA.

Mais son concept ne se cantonne pas aux êtres humains. Il s’exerce  aussi pour tous les espaces de notre planète rayé de la carte pour pollution, expulsé de la surface de la terre….

Elle montre avec talent combien la logique capitaliste est entrée dans une nouvelle strate et accélération qui expulse sans retenue, va même en vivre. C’est d’une grande complexité technique mais les effets sont d’une grande brutalité. Par exemple ces produits dérives, ces subprimes sont très sophistiqués sur le plan technologique et pourtant cette logique financière à l’œuvre a produit « une brutalité primaire » dit -elle. Ma foi oui !

Elle démontre que nous sommes face à des « formations ». Des formations financières et économiques systémiques très complexes et globalisantes qui produisent sans cesse de l’expulsion et de la brutalité. C’est une vison de politique économique dominante dans un nouveau déploiement du capitalisme  qui  a agrègé ses « formations ». Aujourd’hui ces formations  très complexes déterminent au fil des décisions des uns, des autres, par ci, par là, bien des pans de nos vies. La brutalité du chaos est aussi au rendez-vous.   C’est bien ce que nous constatons avec de plus en plus de clairvoyance.

Comment cesser de nourrir de telles formations  et logiques monstrueuses, telle est bien ma question du jour ?

En attendant je vais aller chanter, là au moins je me sens dans un espace qui n’exclut pas, je ne me sens pas prise malgré moi dans une méga-logique qui exclut, je ne nourrit pas à ce moment là, malgré moi des formations financières dont l’exclusion est le nouveau moteur…

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    28 mars 2016

TOUT PEUT CHANGER, capitalisme et changement climatique

9782330047849Le dernier livre de Naomie Klein permet de mieux comprendre  pourquoi depuis les années 1990, si peu de choses ont réellement été décidé par les instances gouvernementales du monde, pour résoudre au mieux la crise climatique qui s’annonçait.

Aujourd’hui nous sommes au bord d’un emballement de la crise climatique. « Ouououououh la! la! lalalala… !!

L’auteure montre comment l’OMC (Organisme Mondial du Commerce) a put mettre en place des règles contraignantes pour libérer le commerce, sans jamais se soucier du climat. Comment les Nations Unies ont mis en place des Directives pas vraiment contraignantes donc peu efficace pour limiter la crise du climat.  C’est le système économique actuel, ce « capitalisme-logiciel dominant » qui n’a cessé de promouvoir « le commerce avant le climat », l’armement avant la paix.

Cinq années de travail très documenté lui permette aujourd’hui d’affirmer avec d’autres, que c’est la structure même du capitalisme qui a produit la crise climatique. Ce système économique, nous l’avons tellement bien intégré dans nos mentalités, que se pose la question comment « se sortir » de ce modèle dominant,  néfaste pour notre avenir ?

Un chapitre  « Perpétuer la vie, de l’extraction à la régénération », très émouvant puisqu’il y est aussi question de la difficulté de procréer pour de plus en plus de couples d’aujourd’hui, est la motivation de sa démarche. … «  en chemin, mon regard a changé. Non pas que j’aie pris contact avec le Déesse Mère en moi ; en fait, j’ai graduellement pris conscience que la Terre est effectivement notre mère à tous, mais que, loin d’être une figure mythique incarnant la création et l’abondance, elle vit elle-même une grande crise de fertilité. Les activités industrielles, en effet,  ont des répercussions majeures sur ses processus naturels de régénération, des cycles du sol aux régimes des précipitations. Et l’humain n’est pas seul aux prises avec des troubles de fertilité : très nombreuses sont les espèces qui peinent à se reproduire et, plus encore, à protéger leur progéniture dans un environnement de plus en plus hostile.

Sur une note plus optimiste, j’ai peu à peu réalisé que les ingénieux mécanismes de procréation et de régénération de la Terre et de ses habitants pourraient s’inscrire au cœur du nouveau paradigme qui remplacerait le modèle extractiviste reposant sur la domination et le pillage des écosystèmes (1) p. 478.

Dans sa conclusion, comme pour la communauté des scientifiques du GIEC pour le Climat, Naomie Klein dit que nous avons « juste assez de temps pour réaliser l’impossible » : éviter l’emballement climatique.

C’est à dire nous préparer individuellement et collectivement à la prochaine grande crise financière, pour en sortir cette  fois, « une fois pour toute », sans compromis. Nous réunir, pour faire dans l’intelligence collective, donner un autre statut à la monnaie, avec chacun sa voie pour changer.

Nous rassembler pour préparer,  soutenir, nous accorder, puis exiger la mise en place de tous les règlements mondiaux contraignants cette fois,  nécessaires à la préservation de tous nos Biens Communs vitaux, dont le climat est l’urgence incontournable, les processus de paix une nécessité pour notre Humanité.

Pas facile que tout cela,  peut être que chanter ensemble pour le climat nous aiderait ?

(1) Naomie Klein, Tout peut changer, mars 2015, Actes Sud.

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